Échange avec l’Amiral Christophe Lucas, ancien commandant de la Force maritime des fusiliers marins et commandos (ALFUSCO) et aujourd’hui préfet maritime commandant la zone et l’arrondissement maritimes Méditerranée.
Sommaire
Quelles sont les principales techniques d’entraînements utilisées par les commandos Marine pour développer leur agilité, leur rapidité d’action et leur capacité à résoudre une problématique précise ?

L’une des méthodes utilisées est ce que l’on appelle le « drill », c’est-à-dire la création d’automatismes par la répétition de gestes qui sont à terme parfaitement maîtrisés. La répétition de ces actions développe la capacité de réaction immédiate, construit la confiance individuelle et collective et dans l’action permet de libérer « du temps de cerveau » face à l’imprévu.
Le 2ᵉ outil utilisé, ce sont « les mises en situation », dans lesquelles une place importante est laissée à l’imprévisibilité. On y injecte des éléments extérieurs qui n’ont pas pu être tous préparés, des cas non conformes qui vont amener le groupe à réagir.
Cette phase s’appuie sur l’expérience du terrain, elle invite à imaginer des scénarios différents, à se projeter dans les futures opérations pour y envisager toutes les conditions possibles puis, une fois joués, à en tirer des enseignements à travers des débriefings très poussés.
On analyse les réussites comme les échecs et on en standardise les procédures opérationnelles. Partager des procédures et développer un langage commun leur permet d’agir ensemble efficacement.
Comment préparez-vous vos leaders et leurs équipes à faire face à l’adversité, à s’engager dans l’inconnu ?

Tout commence avec la formation individuelle qui pousse chacun à sortir de sa zone de confort, à faire face à des situations inattendues. Prenons l’exemple d’un stage commando : lorsque vous rentrez dans une buse, vous ne connaissez pas sa longueur, ce que vous allez y trouver, si vous allez être tout seul, ce qui se cache derrière. Cette approche consiste ainsi à développer la pugnacité et surtout la confiance dans ses propres capacités. Cela amène chacun à prendre conscience de sa capacité à surmonter l’impossible et à réaliser son aptitude à s’en sortir quelle que soit la situation.
Ensuite, l’entraînement permet de développer la confiance mutuelle, la confiance dans le groupe. Elle est davantage centrée sur le collectif en plaçant les chefs dans des situations imprévues.
Le stage commando sélectionne vraiment des individus sur leurs capacités personnelles, sur leurs aptitudes physiques et morales. Ensuite, on amène ces individus à devenir une équipe d’élite. C’est une phase très intéressante, qui consiste à transformer des individualités hors pair avec des capacités et des spécificités vraiment propres en une équipe de commandos Marine qui va être amenée à affronter des situations hors normes et complexes.
La partie entraînement permet au leader de s’affirmer avec son groupe pour impulser les bonnes orientations au bon moment face à des situations inconnues. La succession d’exercices et de mises en situation crée la confiance mutuelle. S’entraîner à faire face à des situations non prévues, analyser sous tension et réagir vite et fort, permet dans l’action, lorsqu’on n’est plus en entraînement, de garder l’ascendant psychologique et d’avoir foi dans sa réussite, en s’appuyant sur une confiance du groupe inébranlable. Se préparer à faire face à l’imprévu permet au leader de conserver du recul, donc d’être disponible pour prendre les bonnes décisions. Il a confiance dans son groupe car il connait la capacité d’adaptation de son équipe.
Quels conseils pourriez-vous donner à un dirigeant ou leader souhaitant développer un « esprit commando » au sein de ses équipes ?

L’esprit commando, c’est d’abord un état d’esprit qui pousse à penser autrement, à agir autrement. Même si l’entreprise est forte de ses process, il est nécessaire de briser les routines, de se réinventer pour gagner en efficacité et démobiliser les énergies. C’est un état d’esprit à entretenir.
Le 2ème conseil serait de développer les liens interpersonnels. Comme il est coutume de dire « small is beautiful » nos unités sont des petites équipes, qui se connaissent par coeur. Même s’il est plus difficile d’inviter ses collaborateurs à avoir ce degré d’intimité, je pense qu’il est important de pouvoir créer une proximité, qui aidera à identifier les complémentarités sur lesquelles s’appuyer entre personnes qui travaillent ensemble.
Le 3ème et dernier conseil serait de savoir s’arrêter pour célébrer ensemble les succès.
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